Comment faire une haie vive ( vivante ) !!!

Publié le par Arthur Herve

Historique   
   
    Avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage à l'époque néolithique, les peuples chasseurs-cueilleurs devenus agriculteurs durent rapidement faire face à un problème majeur : contenir le bétail dans des enclos suffisamment hermétiques pour éviter sa divagation mais aussi protéger les cultures des dégâts occasionnés par les animaux sauvages ou domestiques.

     La première solution a certainement été de construire des murets de pierres sèches là où la matière première abondait, cette pratique est toujours en usage en Irlande et dans les régions de montagne. Les murets se couvraient rapidement d'un boisement naturel d'épineux qui renforçait leur vocation défensive.

 
Pyrénées

     
      

        Là où le bois était disponible en quantité, la confection de palissades de branchages tressés était d'usage. Ces palissades portent le nom de "haies sèches" ou "haies mortes". Ce type de clôture, s'il avait l'avantage de l'efficacité, était peu durable et devait être remplacé régulièrement. L'importante consommation de bois nécessaire à la construction et à la maintenance de ces ouvrages se faisait au détriment des réserves. Certains gouvernements royaux, soucieux de préserver la ressource, recommandaient à leurs sujets la plantation d'arbres et arbustes vivants pour la réalisation des clôtures. Les haies de bois vif ne demandaient pas plus de travail et étaient plus pérennes que les haies de bois mort. Ainsi sont apparues les premières "haies vives".

 
"Haie sèche" ou "Haie morte"
       La haie vive a un inconvénient majeur : son homogénéité n'est pas toujours parfaite. C'est surtout au pied des haies que les dégradations sont les plus marquées. Les végétaux se dégarnissent à la base, certains arbustes meurent ou sont broutés par le bétail, les animaux profitent bien souvent de ces faiblesses pour retrouver leur liberté ! Nous sommes à la fin du moyen âge, le fil de fer n'apparaîtra qu'à la fin du 19ème siècle ; le paysan imagine donc une technique de conduite et d'entretien de la haie qui survivra jusqu'à nos jours : le "plessage *" (plissage) ou "tressage" des haies vives. 
* : voir glossaire

 
 
 
      La technique du plessage a semble-t-il été pratiquée partout où la haie était utilisée pour le pacage des animaux domestiques, le côté naturellement défensif des épineux étant renforcé par le tressage des végétaux. Les techniques étaient cependant différentes d'une région à l'autre et elles variaient également en fonction des essences travaillées : chêne et noisetier dans le Morvan, hêtre en Normandie, aubépines et prunellier en Flandres et Avesnois... La tradition la plus marquée est celle qui perdure au Royaume-Uni. Dans certaines régions bocagères comme le Pays de Galles, il est toujours possible de trouver des éleveurs perpétuant cette coutume. Ces techniques, souvent différentes d'une région à l'autre et apparemment très codifiées sont pratiquées avec un outillage manuel spécialement adapté. Elles font maintenant l'objet de nombreux stages et compétitions répartis sur tout le royaume.
 
 
Boulonnais

     Si le plessage avait pour objectif premier de régénérer et de densifier une vieille haie, il était aussi un moyen de récolter du bois de chauffage. En France, cette coutume a perduré dans certaines régions jusqu'aux années 1960. L'évolution de l'agriculture qui est apparue à cette époque et qui a profondément modifié les paysages de toute l'Europe en détruisant en quelques années des bocages nés il y a plusieurs siècles, a mis un coup d'arrêt à une technique très répandue depuis le 18ème. D'anciens agriculteurs pratiquent encore le plessage dans le Morvan, le Perche et les Flandres. Dans les autres régions, la coutume semble s'être éteinte après la deuxième guerre mondiale.
 

Haie plessée
Morvan
     C'est sous la forme de "reliques" de plessage que l'on peut maintenant découvrir ces techniques oubliées, l'hiver étant la saison la plus propice à la recherche de ces vieilles haies ouvragées. On retrouvera facilement ces marques sur les grosses branches horizontales de hêtre, de charme, de noisetier... qui ont conservé une forme que le paysan leur avait imposée il y bien souvent quelques décennies.
Les haies plessées de hêtre sont sans doute les plus harmonieuses. Leurs troncs gris incrustés de lichens prennent l'allure de candélabres aux formes variées. Ces végétaux, "torturés" par l'homme, ont mémorisé des pratiques aujourd'hui disparues.
      
Ces haies, considérées maintenant comme "patrimoine" en raison de la valeur ethnologique qu'elles représentent mériteraient d'être préservées. Un classement des plus représentatives serait souhaitable avant leur totale disparition !




 
Plesse de hêtre > 70 ans
Boulonnais

 
Aubépines plessées
Flandre Française
                          
 
Plesse de charme (Boulonnais)                

 

Introduction  
   
     Le but recherché dans une opération de plessage est d'obtenir, à partir d'une haie ayant perdu son efficacité en tant que limite infranchissable, une nouvelle clôture homogène, bien fournie depuis la base et dont les branches , travaillées comme une vannerie forment un obstacle pour les animaux domestiques, même les plus petits (chèvres, moutons...).  
   
Quelles essences peut-on plesser ?  
     Toutes les essences rencontrées habituellement dans les haies se prêtent au plessage. On éliminera cependant les sureaux ainsi que les sycomores et les frênes jugés trop dynamiques de même que les ronces, les lianes et le bois mort. Les épineux tels le prunellier ou l'aubépine subissent sans dommage le "pliage" et repartent avec vigueur, ils forment des clôtures défensives extrêmement efficaces. Le charme, le chêne, l'érable champêtre... cicatrisent bien quand la plaie de taille est nette. Quant aux arbustes comme le cornouiller, le troène, la viorne... s'ils ne possèdent pas de brins suffisamment droits et flexibles pour être pliés, ils sont recépés à leur base.
Aubépines plessées. Flandre
 
Pratique  
   
     Le plessage se pratique pendant la période hivernale, d'octobre à avril. On évite les périodes pluvieuses car la pluie, en détrempant les gants de cuir les rend plus vulnérables aux épines. L'opération se fait en plusieurs étapes. On prépare d'abord des piquets de coudrier, de saule, de chêne ou de châtaignier dans les régions où il est présent (le bois de châtaignier est très résistant ), ces piquets seront refendus si nécessaire. On prépare également de longues badines souples de noisetier ou de saule. La haie brute est ensuite débarrassée de tous les fils de fer qui avaient servi à la consolider, puis elle est "dégarnie". De jeunes troncs bien verticaux (les montants) seront laissés à intervalle régulier et coupés à 1.20 mètre environ, ils seront complétés par les piquets refendus préparés avant l'opération ...
 
... et formeront une chaîne sur laquelle sera tressée la haie. La distance entre chaque montant de la chaîne est de un pied environ (0,3 m) en Grande Bretagne et d'1/2 mètre dans le Morvan. Les baliveaux destinés à être pliés seront sélectionnés selon leur vigueur, leur hauteur et leur diamètre. Les arbres trop âgés, le bois mort, les ronces, les lianes et les buissons seront éliminés. 
     L'opération la plus délicate consiste à amincir le pied de chaque baliveau sur plus des 3/4 de son diamètre et jusqu'à 3 à 5 cm du sol., ceci afin de rendre la branche suffisamment flexible pour qu'elle ne se rompe pas au pliage. Cette opération se fait à la serpe (le "courbet" en Avesnois). Les baliveaux sont généralement tous pliés dans le même sens - un droitier plie toujours vers sa gauche - et du côté montant de la pente. Un angle de pliage constant est maintenu afin de faciliter la montée de la sève et le départ de la végétation au printemps.
 
     Pour maintenir cet angle constant, un bourrage intermédiaire de branchages d'épineux est parfois utilisé. Enfin, pour éviter que les vaches ne remontent avec leurs cornes tout le travail de vannerie qui vient d'être achevé, l'émondeur entrelace à la partie supérieure de la haie les longues badines de noisetier ou de saule préparées précédemment. 
      Une technique originale aurait été pratiquée en Boulonnais. Elle consistait à refendre sur toute leur hauteur de jeunes pousses de frêne ou de noisetier sur pied et à entrelacer dans la haie à consolider chaque 1/2 brin refendu.…

 
Une haie correctement tressée ne nécessitera pas d'entretien pendant plusieurs années. L'importance de la main d'oeuvre nécessaire au plessage d'une haie reste le frein majeur à la renaissance de ces techniques.
Les outils du plesseur de haies
 
     

 

 

 
 
       La panoplie du plesseur est relativement réduite. 
        Constituée depuis toujours d'outils manuels comme la serpe, le croissant et la mailloche, souvent confectionnée sur place, elle est complétée maintenant par la tronçonneuse.
 
         
     

 

 

 

provenance : www.haiesvives.org

youtube

Publié dans élevage, Divers

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